Avec son physique de beau gosse, cheveux en pétard et sourire charmeur, et sa dégaine de guitariste pop-rock, Olivier Staphylas ne ressemble pas à un élève modèle. Et pourtant... Sorti major de la prestigieuse école des Gobelins (Paris) fin 2005, ce Valois de 27 ans a été, à l'époque, le premier « frenchy » engagé par Dreamworks depuis 1997. Pendant que ses petits camarades se gavaient d'images pour se vider la tête, lui les emmagasinait pour bâtir son ambition : devenir créateur de cartoons.
Son acharnement et sa sensibilité lui ont permis de rejoindre, par la grande porte, la profession des faiseurs de rêves. Dernière aventure en date, celle de Po, le héros du film « Kung-fu panda », qui sort demain.
A quel moment as-tu attrapé le virus du dessin animé ?
« Le déclic a été la sortie au cinéma de " Toy Story ". J'étais en seconde et je dessinais beaucoup. Puis je me suis mis à suivre les évolutions techniques par le biais du salon Imagina et de l'émission " L'?il du cyclone ". J'ai vite compris qu'il fallait que je me donne les moyens de participer à cette révolution visuelle. Tout mon cursus découle de ce coup de foudre. A partir de là, j'ai décroché un bac S et passé quatre ans à l'école d'infographie de Valenciennes, avant de réussir le concours d'entrée à l'école des Gobelins. »
Après ton passage dans le Nord, tu as obtenu ton premier poste dans une société française d'effets spéciaux. Pourquoi as-tu démissionné ?
« Leurs méthodes de travail et le projet ne m'ont pas séduit. Je n'étais qu'un intermittent du spectacle, avec des horaires trop variables. En France, beaucoup de sociétés, dans ce secteur, utilisent le système D pour être compétitifs. J'aime prendre le temps de bien faire. »
Tu as donc envoyé ton CV au patron de Dreamworks ?
« Non. Ce sont eux qui sont venus me chercher. En fin d'année, ils envoient toujours un représentant pour évaluer les travaux des élèves des Gobelins. Juste avant la remise des prix, j'ai croisé cet envoyé spécial. M'ayant déjà repéré, il m'a demandé mon numéro et m'a dit : " Je te rappelle ce soir. " Je n'y croyais pas, mais, quelques heures plus tard, il me proposait un poste chez Dreamworks. »
Ton adaptation n'a pas été trop difficile ?
« Aux Etats-Unis, les grosses entreprises savent mettre les moyens pour obtenir le meilleur de leurs employés, sans leur mettre la pression. Je travaille quarante heures par semaine, et chaque minute supplémentaire est rémunérée. Le campus dans lequel nous travaillons est agréable. Au service animation, douze nations sont représentées, les liens se créent très vite. Puis notre travail et nos avis sont considérés. Nos patrons nous font confiance. Sur " Kung-fu panda ", par exemple, à chaque fois que l'un d'entre nous avait une idée, nous nous réunissions pour en discuter avec le réalisateur et, la plupart du temps, elle était retenue. »
Où trouves-tu l'inspiration ?
« Je ne me contente pas d'imaginer, je joue les scènes moi-même devant mon miroir ou ma caméra. ça me permet de visualiser ce que je cherche à retranscrire. Cette phase de réflexion peut durer deux jours. En moyenne, chaque animateur fournit trois secondes de film par semaine, ce qui nous laisse le temps de travailler les détails. »
Y a-t-il un passage dans lequel les spectateurs pourraient repérer ta french touch ?
« J'ai beaucoup bossé sur la scène du pont en suspension. Il s'agit de la séquence la plus chère que les studios Dreamworks aient jamais réalisée. Le travail a duré quatre mois, mais le résultat est excellent. Tous les ingrédients sont réunis pour que " Kung-fu panda " devienne un classique du cinéma d'animation. On a vraiment envie de le voir réussir. »
Ta relation avec le héros est particulière ?
« Le panda a toujours été mon animal préféré. Ma maîtresse m'en avait offert un en peluche lors de mon premier jour en maternelle... Il y en a un dans mon premier film de fin d'étude. Je ne sais pas si c'est le destin, mais c'est marrant d'y croire ! »
Sur quoi travailles-tu désormais ?
« Le prochain Dreamworks s'appelle " How to train your dragon ", l'adaptation d'un roman de Cressida Cowell. L'histoire d'un jeune viking qui doit attraper et apprivoiser un dragon pour être considéré comme un homme par les membres de sa tribu. La sortie est prévue début 2010. »
Croire en soi, se dépasser, prouver sa valeur... Tous ces films racontent l'histoire de ta vie.
« Oui, je suis à la fois viking et panda ! »