Le maire s'est éteint à l'aube, hier matin, à Marseille, victime d'une rupture d'anévrisme. À deux semaines des municipales, et après 25 années de « Ritondalie », la ville, sous le choc, s'apprête à lui rendre l'hommage légitime qu'il mérite. Avec sa disparition, Hyères clôt le chapitre de ses 60 dernières années d'Histoire.
Son dernier pied de nez à la mort aura été de courte durée. Hospitalisé depuis vendredi dernier à La Timone pour y subir une délicate et aléatoire opération de la colonne vertébrale - qu'il avait parfaitement supportée malgré ses 86 ans passés - Léopold Ritondale a fini par rendre les armes : la grande faucheuse s'est sournoisement employée dans la nuit de mercredi à jeudi, sortant de sa manche son ultime atout, une rupture d'anévrisme.
Le coup fatal, imparable. Celui qui, suprême sacrilège, aura privé Riton de ses deux derniers rêves : confier les clefs de « sa » ville, le 16 mars prochain, à l'équipe qu'il avait choisie pour lui succéder ; et quitter ce monde-là où il l'accueillit en juillet 1921, à Hyères, « la plus belle ville du monde », son « paradis terrestre », sa fierté, sa vie.
Son sacrifice aussi.
Car rien, pas même sa santé, ne comptait au regard de l'avenir qu'il lui avait imaginé. Malade depuis une demi-douzaine d'années, Riton était souvent qualifié par son entourage de « Molière de la politique ». Il en était flatté, envisageant sans la moindre angoisse de pousser son dernier soupir dans le panoramique « bureau du maire » qu'il avait judicieusement installé au 4e étage du nouvel Hôtel de ville. Une situation dominante d'où il contemplait inlassablement ce Hyères du XXIe siècle qu'il protégeait farouchement de toutes les convoitises ; et avec succès depuis 1983?
Rêve d'éternité
Mais voilà : 25 ans de combats, ça use. Ce que Riton ne voulait ni ne pouvait entendre.
Tel le petit cheval blanc chanté par Brassens, il demeura invariablement devant, quelles que soient les batailles, quels que soient les enjeux, snobant l'espace-temps et ses conséquences. Le corps usé, voire meurtri d'avoir tant donné, il garda pourtant la tête froide et les idées claires pour enfin penser à sa succession.
Car cet après « Riton », l'intéressé eut beaucoup de mal à le concevoir. Il s'y résolut presque à la fin de son troisième mandat pour finalement y renoncer tardivement, estimant trop dangereuses pour la ville les querelles qui déchiraient sa propre famille politique.
En 2001, alors qu'il entrait dans sa 80e année, il se posa donc une fois encore comme « le » dernier recours, le seul capable de mener son équipe à la victoire. Pari gagné, mais à quel prix?
Quelques mois plus tard, son c?ur réclama l'addition d'une vie consommée tambour battant ; d'autres organes suivirent bientôt l'exemple, exigeant à leur tour réparation d'avoir été négligés sans scrupule. Fragilisé, perclus de douleurs qui l'empêchaient de dormir, Léopold Ritondale renonça alors à croire à cette éternité qu'il caressait dans ses rêves les plus fous et réalisa, l'an dernier seulement, qu'il n'était pas irremplaçable.
Passage de relais
Autodidacte de la politique, jamais encarté, car plus que tout soucieux de son indépendance, il chercha, trouva et plaça sur orbite municipale, fin août dernier, celui qui, à ses yeux, présentait les qualités requises pour, non seulement revendiquer son héritage, mais aussi le faire fructifier sans le dénaturer.
Une cooptation controversée.
Insensible aux reproches de ses adversaires évoquant son « mépris de la démocratie », il se vit affubler par certains du sobriquet de « Riton premier, roi des palmiers ».
Qu'importe ! Léopold Ritondale n'en démordit pas et entra de plain-pied dans la campagne électorale en qualité de président du comité de soutien de son dauphin qu'il épaula sans relâche dans la construction de sa liste et de son programme.
Par vidéo interposée
Ces dernières semaines, à deux reprises dans l'incapacité physique d'assister à des manifestations politiques capitales, il contourna l'obstacle à regret en étant présent par enregistrements vidéo interposés.
Un stratagème calculé, tout comme cette ultime intervention chirurgicale qu'il accepta de subir « à ses risques et périls » dans le seul et unique but d'apparaître, « en chair et en os » au dernier grand meeting de campagne de son dauphin, le 7 mars prochain.
Un jusqu'au-boutisme acharné, 100 % ritondalien.
Joint avant-hier matin au téléphone par notre rédaction, Léopold Ritondale annonçait triomphalement à nos lecteurs son regain de forme et son transfert, dès ce matin, sur l'hôpital Léon-Bérard dont il était devenu un habitué.
Le destin en a décidé autrement.
Riton sera parti sans revoir Hyères. Mais Hyères et sa population ne seront pas ingrates et lui offriront, dans les heures qui viennent, un hommage à la hauteur de sa stature.
À commencer par notre rédaction qui, d'une part, se joint aux nombreux messages de sympathie reçus depuis l'annonce de sa mort ; et, d'autre part, présente à sa famille, son épouse, ses deux filles Michelle et Lucette, à ses petits-enfants, et à toutes les personnes affectées par ce deuil, ses plus vives condoléances.